13 mars 2026

Un idéaliste en “politique”

J’ai perdu ma naïveté et mes illusions avant mes derniers cheveux. Je ne suis plus très jeune. J’ai expérimenté pas mal de situations nouvelles au cours de ma vie car j’aime les défis et j’aime apprendre de nouvelles choses. Mais je n’avais pas encore fait véritablement d’incursion dans la vie politique (à part quelques distributions de tracts pour aider lors d’une législative). 

Mon engagement dans la campagne municipale à Auvers-sur-Oise est donc une première. Au départ, lorsque je me suis investi dans ce qui n’était qu’un groupe de travail il y a deux ans, je l’ai fait en me disant que mon expérience de la vie associative pouvait aider pour l’organisation. Je ne pensais pas devenir tête de liste. Comme j’ai été plusieurs fois président de différents mouvements et organisations, je me voyais surtout comme un porte-parole et un organisateur. Je me suis vite rendu compte que, qu’on le veuille ou non, « tête de liste » c’est bien plus que ça. S’affirmer comme membre d’un « collectif » n’est pas suffisant pour le faire vivre. Et. en même temps, il est nécessaire d’arbitrer et de prendre des décisions
Pour y avoir beaucoup réfléchi, je sais qu’il est difficile de faire la différence entre des notions très voisines : le leadership, la légitimité, l’autorité et le pouvoir. 
Platon (ou Wolinsky !) aurait dit qu’ « il faudrait donner le pouvoir uniquement à ceux qui n’en veulent pas ». J’ai toujours pensé que le « pouvoir » était quelque chose dont il faut se méfier lorsqu’il devient un but en soi et l’expression de l’ego. Il n’est légitime que quand il permet de « faire » et que celui ou celle qui l’exerce et dont on reconnait la légitimité, le partage et le fait vivre, comme un moyen et non une fin… 
Mais je ne me lancerai pas ici dans une réflexion de philosophie politique. Ce sont pourtant ces questions qui m’ont traversé quand je me suis proposé comme candidat. Et c’est cette réflexion sur le mésusage du pouvoir dans la commune où je vis qui m’a amené à m’engager. J’y ai fait très vite le constat d’un pouvoir vertical, individuel toxique et très autoritaire avec une logique clientèliste faite d’avantages et de menaces. C’est à cette forme de gouvernance que j’ai voulu proposer une alternative. Et c’est cela qui a maintenu ma motivation malgré les embûches et les coups tordus
Car il y en a eu ! 
À Auvers sur Oise, dans une ville où la maire considère comme une agression personnelle toute remise en question de son pouvoir, il est difficile de faire campagne normalement. La « période de réserve » de 6 mois impose une retenue de l’expression au maire sortant si il, ou elle, se représente : pas de valorisation de son action, pas d’utilisation du bulletin municipal pour faire campagne, etc. Pour rester mesuré dans l’expression, elle a été sans cesse à la limite du hors-jeu…
De même, obtenir une salle pour se réunir est quasi impossible. Il a fallu tenir nos réunions dans une autre ville. Nous avons quand même réussi à obtenir une salle pour une réunion publique puis une autre mais ce fut, à chaque fois très difficile et toujours assorti de conditions qui en limitait la portée. Par exemple, il fut impossible d’obtenir une salle dans la dernière semaine (après la fin des vacances scolaires) car l’unique salle prévue n’était pas disponible car il fallait y installer un bureau de vote… Une semaine pour installer un bureau de vote… 
Bien sûr, nous aurions pu faire des recours et des référés. Nous avons d’ailleurs envoyé des lettres au Préfet. Mais tout cela prend du temps et de l’énergie au détriment de la campagne. C’est le but même de ces manœuvres dilatoires de marquer son territoire en dissuadant voire en menaçant. Elle est la championne des procédures judiciaires qui retardent des jugements où elle risque l’inéligibilité.
Je ne soupçonnais pas que cette forme d’hubris soit si développée et que cela impacte à ce point le fonctionnement de la campagne. Le pouvoir ou plutôt l’abus de pouvoir a été une dimension importante de cette campagne inéquitable. 


Je m’attendais quand même à des caricatures et à des attaques personnelles. Mais elles ont pris un tour particulier puisqu’elles ont consisté d’une certaine manière à m’invisibiliser et à me nier toute autonomie. 
Un petit détour historique s’impose pour le comprendre. La maire actuelle (classée aujourd’hui divers droite) termine son deuxième mandat. Avant elle, il y a eu un maire (PS) qui, lui, a fait quatre mandats de suite. Durant son dernier mandat, la maire actuelle faisait partie de son équipe et l’a trahi pour constituer sa propre équipe. Ce conflit vieux d’une quinzaine d’années semble encore présent dans la mémoire des vieux auversois et surtout de la maire. Il faut dire que l’ancien maire est toujours présent et très actif dans la commune. Il est d’ailleurs très actif dans le collectif que nous avons créé et présent sur notre liste en 21ème position. 
Cette vieille querelle continue à traverser la ville même si la population a changé. Il faut dire que la maire actuelle a plus ou moins réussi à diaboliser l’ancien maire en faisant croire qu’il n’avait rien fait (tout en étant élu quatre fois ? Curieux…) 
Quoiqu’il en soit je suis devenu dans le storytelling en œuvre, la « créature » de l’ancien maire, une sorte de pantin. Cette affirmation est assez détestable car elle nie que je puisse avoir mon autonomie et ma propre réflexion tout comme les autres membres de la liste. Je trouve cela indigne et même injurieux
Elle l’est encore plus quand cet élément de langage est repris par nos concurrents. Ceux-ci sont issus d’une scission de notre groupe. Ils en sont partis, disent-ils, car « ils ne sentaient pas assez écoutés et ne trouvaient pas leur place » même s’ils étaient prévus très haut dans la liste en constitution. Avec ce qu’on peut qualifier de « trahison », j’ai pu prendre la mesure des affaires d’egos dans le fonctionnement des groupes et dans la vie politique. J’ai pu constater aussi que des personnes qui se disaient novices en politique et se présentaient comme une forme de « jeunesse » et de renouveau, utilisent des méthodes et des ficelles rhétoriques de la vieille politique. La duplicité et les coups tordus n’ont pas d’âge.
A ce stade de la campagne, ma détermination reste intacte tout comme mes valeurs et mes convictions. Mais j’ai touché du doigt des aspects de la nature humaine que je n’ai pas apprécié : la duplicité, l’hypocrisie, le cynisme, l’orgueil et une certaine forme de violence. Je savais que tout cela existait dans la vie politique mais je ne pensais pas y être autant confronté dans notre petite ville. Un reste de naïveté ou plutôt d’idéalisme.
Mais pour ne pas finir sur une note négative, je voudrais aussi souligner que j'y ai aussi retrouvé des valeurs et des comportements que j'ai connus dans le monde associatif et qui m'ont fait y militer pendant toutes ces années : l'engagement, l'enthousiasme, la solidarité et la convivialité. Même si on ne milite pas forcément avec des "amis", on y rencontre de belles personnes. 

Si j’écris ce texte aujourd’hui c’est parce que nous sommes dans une sorte d’entre-deux alors que la campagne officielle se termine à minuit. C’était l’occasion de faire un point que j’espère d’étape si les électeurs nous donnent le droit à un second tour ! 

Philippe Watrelot le vendredi 13 mars 2026

15 novembre 2025

Mon parcours…





Je suis né le 23 juillet 1959 à Savigny sur Orge. Mon père était tôlier-chaudronnier. Après avoir travaillé à la chaîne et en horaires décalés dans l’industrie automobile, il avait été embauché à Air France (Orly n’était pas loin...) pour la réparation des autocars. Il y restera jusqu’à sa retraite. Ma mère était dactylo. Après un arrêt pour s’occuper de ma sœur et moi, elle a repris le travail et occupé successivement de nombreux postes plus ou moins précaires. Elle a fini sa vie professionnelle dans un emploi de bureau à Rungis (qui n’est pas loin non plus…). .
J’ai eu une enfance heureuse dans un petit pavillon de banlieue dans ces années soixante et soixante-dix marquées par le plein emploi et la société de consommation. 
Plutôt bon élève, j’ai pu aller au lycée, ce qui n’était pas si courant pour les enfants de la classe ouvrière dans ce début des années 70. J’ai eu mon bac B en 1976 puis, logiquement,  je me suis inscrit à l’université Paris Panthéon-Sorbonne pour faire des études d’économie. Après celles-ci, je me suis inscrit aux concours d’enseignement pour devenir prof de Sciences Économiques et Sociales (SES). 
Pendant le même temps, j’ai exercé la fonction d’animateur puis de directeur de centres de vacances. Ces fonctions d’animation volontaire ont été très formatrices pour moi. J’y ai découvert le travail d’équipe autour d’un projet partagé, qui a été une constante de ma vie professionnelle et militante. On peut dire aussi que l’animation a été très utile pour me former à la pédagogie et à mon métier d’enseignement. 
 
J’ai obtenu le CAPES en 1981. J’ai d’abord été nommé trois ans en Alsace (Colmar puis Mulhouse) avant de revenir dans l’Essonne au lycée de Montgeron (91) où je suis resté seize ans. Je me suis investi dans plusieurs activités complémentaires de mon métier d’enseignant. J’ai, par exemple, travaillé sur l’utilisation de ce qu’on appelait à l’époque l’«informatique» dans l’enseignement et produit des outils numériques pour les SES J’ai aussi participé à l’élaboration de plusieurs manuels scolaires (Belin, Hachette,…) à des fiches de révision (Phosphore) ou encore des vidéos pédagogiques. En 1995, j’ai, dans le même temps, obtenu l’agrégation de Sciences Économiques et sociales (reçu 3ème).
 
 
Alors que j’étais président des Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation actives (CEMEA) de l’Essonne, j’ai pu aussi combiner l’animation et l’enseignement à plusieurs reprises. J’ai animé un journal scolaire dans mon lycée. Et surtout, pendant une dizaine d’années j’ai dirigé pour les centres de vacances de la Poste et de France Télécom, un « stage Prébac » destiné aux jeunes ayant besoin d’un soutien pour le bac. 
En 2000, se produit un changement dans ma vie personnelle et cela me conduit à accepter un poste d’enseignant au Lycée Français de New York (LFNY). Je passe deux ans dans ce lycée très privilégié au cœur de Manhattan. Ce pas de côté me permet d’avoir du recul sur le système français.
Au milieu de ces deux années, se produit un évènement qui me marquera profondément : le 11 septembre 2001. J’ai vu le deuxième avion s’écraser contre la tour, j’ai vécu avec tous les new-yorkais ces journées terribles. J’en garde encore un souvenir très vif. Pendant des années, je n'ai pas pu vraiment en parler tant l’émotion était forte. 

En septembre 2002, je reviens en France et le hasard fait que je suis nommé dans le lycée où j’avais été élève ! J’enseignerai 20 ans au Lycée Jean Baptiste Corot à Savigny sur Orge dans la banlieue où je suis né et où j’ai grandi, avec le sentiment de rendre à ces élèves, qui me ressemblaient bien plus que ceux du LFNY, ce qui m’avait été donné par l’école publique. 
 
Avec ce retour en France, j’ai poursuivi mon engagement associatif et bénévole. C’est dans le CRAP-Cahiers Pédagogiques que je me suis investi. C’est un mouvement pédagogique qui publie une revue « les Cahiers Pédagogiques » fondée en décembre 1945. J’en suis devenu le président entre 2007 et 2015. Je dis souvent, qu’en fait, j’ai dirigé une petite entreprise de l’économie sociale et solidaire avec une dizaine de salariés et un journal à produire chaque mois. Il faut tenir compte des contraintes économiques, bien gérer les ressources, produire la revue à temps en respectant les délais Et tout cela, en assumant aussi une fonction de représentation. Cette responsabilité a été lourde mais extrêmement formatrice. 
En 2006, je suis devenu professeur en temps partagé à l’IUFM de Paris c’est-à-dire le lieu de préparation aux concours et de formation des professeurs débutants. J’ai donc partagé mon temps pendant 16 ans entre le lycée où j’assurais la moitié de mon service, l’IUFM qui deviendra ensuite l’ESPÉ puis l’INSPÉ (l’Éducation Nationale est la manufacture des sigles !) et mes activités associatives. L’arithmétique n’est pas si simple : un mi-temps + un mi-temps ça fait bien plus qu’un temps plein. Alors, avec en plus un troisième, les semaines sont bien chargées !

Tout cela s’est accéléré en 2015. Le mouvement que je représentais a pris position pour la réforme du collège menée par la ministre Vallaud-Belkacem. Cela a entrainé une exposition médiatique bien plus importante que celle que j’avais construite pour améliorer la notoriété des Cahiers Pédagogiques. J’ai aussi éprouvé à cette occasion les mécanismes de la haine en ligne et tous les excès des réseaux sociaux. C’est aussi ce qui a été le déclencheur du livre que j’ai publié en 2021 Je suis un pédagogiste (ESF-Sciences Humaines) où je reviens sur les accusations de « pédagogisme » et toutes les caricatures qui y sont associées. 

En 2016, j’ai été nommé à la présidence du Conseil National de l’Innovation et de la Réussite Éducative (Cniré) une instance dont j’étais membre (en tant que président du Crap) depuis sa création en 2013. Avec ce conseil composé de représentants de l’éducation nationale et d’autres ministères ainsi que des associations complémentaires de l’école, nous avons produit un rapport en mars 2017 « Innover pour une école plus juste et plus efficace ». Je suis très fier de ce qui a été produit même si je regrette que ces propositions n’aient pas été retenues par le ministre Jean-Michel Blanquer.
J’ai aussi participé, durant cette période, à une commission mixte du Conseil Supérieur des programmes et du Conseil École-Économie pour faire un audit des programmes de Sciences Économiques et Sociales et proposer de nouveaux programmes pour cette discipline. La participation à une telle instance est un des exercices les plus complexes que j’ai pu faire au cours de ces dernières années. C’est un exercice ingrat fait de patience, d’écoute et de négociations voire de diplomatie. Et comme souvent dans ce type d’engagement on y prend plus de coups que de compliments pour un résultat incertain! Les programmes qui ont été appliqués et sont actuellement en vigueur ne sont pas ceux que nous avions préconisés. 
 
Toutes ces réflexions et ces expériences, je les ai évoquées dans des textes sur mes blogs, dans plusieurs médias et sur les réseaux sociaux. J’ai créé un premier blog « Chronique éducation » en 2004. Je me suis inscrit sur Facebook et Twitter en 2009. Outre quelques contributions sur les Cahiers Pédagogiques et d’autres supports, je publie surtout une chronique mensuelle pour la revue Alternatives Économiques. Et je produis des billets également dans un autre blog sur Médiapart. Avec ces supports d’écriture et ces médias qui me procurent une certaine audience, je pense ainsi continuer à contribuer au débat public dans le domaine de l’école et de l’éducation qui a été le champ pour lequel j’ai le plus milité. 
 
J’entame aujourd’hui un nouvel épisode de mon parcours de vie. J’ai rencontré Catherine  en 2004. Nos vies professionnelles et nos contraintes familiales nous ont fait choisir une vie où nous venions alternativement chez l’une ou l’autre pendant le week-end et les vacances. Les démographes et sociologues parlent de « conjugalité non-cohabitante » ! 

Après avoir pris ma retraite en 2022, j’ai pu la rejoindre à titre définitif (!) à Auvers sur Oise. C’est dans cette ville que j’aime que j’ai aujourd’hui envie de m’investir au service de la commune et de ses habitants. Avec le sentiment que l’expérience accumulée, que j’ai essayée de résumer ici, puisse très modestement y contribuer. 
 


Pour retrouver l'essentiel de mes écrits...
Mon blog historique (créé en 2004) : Chronique éducation


La chaîne YouTube TeachSchnock, et le blog associé, consacrés à la pédagogie


Pour le reste , adressez vous à Google (ou un autre moteur de recherche...)!

Je signale que je ne suis pour rien dans la page Wikipedia qui m'est consacrée 
(je suppose que c'est un ancien élève qui l'a réalisée...?)

La compilation des vidéos de présentation de ma candidature aux municipales 2026 à Auvers-sur-Oise avec le collectif Auvers Ensemble et Autrement est disponible sur YouTube


Un idéaliste en “politique”

J’ai perdu ma naïveté et mes illusions avant mes derniers cheveux. Je ne suis plus très jeune. J’ai expérimenté pas mal de situations nouvel...