J’ai perdu ma naïveté et mes illusions avant mes derniers cheveux. Je ne suis plus très jeune. J’ai expérimenté pas mal de situations nouvelles au cours de ma vie car j’aime les défis et j’aime apprendre de nouvelles choses. Mais je n’avais pas encore fait véritablement d’incursion dans la vie politique (à part quelques distributions de tracts pour aider lors d’une législative).
Mon engagement dans la campagne municipale à Auvers-sur-Oise est donc une première. Au départ, lorsque je me suis investi dans ce qui n’était qu’un groupe de travail il y a deux ans, je l’ai fait en me disant que mon expérience de la vie associative pouvait aider pour l’organisation. Je ne pensais pas devenir tête de liste. Comme j’ai été plusieurs fois président de différents mouvements et organisations, je me voyais surtout comme un porte-parole et un organisateur. Je me suis vite rendu compte que, qu’on le veuille ou non, « tête de liste » c’est bien plus que ça. S’affirmer comme membre d’un « collectif » n’est pas suffisant pour le faire vivre. Et. en même temps, il est nécessaire d’arbitrer et de prendre des décisions
Pour y avoir beaucoup réfléchi, je sais qu’il est difficile de faire la différence entre des notions très voisines : le leadership, la légitimité, l’autorité et le pouvoir.
Platon (ou Wolinsky !) aurait dit qu’ « il faudrait donner le pouvoir uniquement à ceux qui n’en veulent pas ». J’ai toujours pensé que le « pouvoir » était quelque chose dont il faut se méfier lorsqu’il devient un but en soi et l’expression de l’ego. Il n’est légitime que quand il permet de « faire » et que celui ou celle qui l’exerce et dont on reconnait la légitimité, le partage et le fait vivre, comme un moyen et non une fin…
Mais je ne me lancerai pas ici dans une réflexion de philosophie politique. Ce sont pourtant ces questions qui m’ont traversé quand je me suis proposé comme candidat. Et c’est cette réflexion sur le mésusage du pouvoir dans la commune où je vis qui m’a amené à m’engager. J’y ai fait très vite le constat d’un pouvoir vertical, individuel toxique et très autoritaire avec une logique clientèliste faite d’avantages et de menaces. C’est à cette forme de gouvernance que j’ai voulu proposer une alternative. Et c’est cela qui a maintenu ma motivation malgré les embûches et les coups tordus
Car il y en a eu !
À Auvers sur Oise, dans une ville où la maire considère comme une agression personnelle toute remise en question de son pouvoir, il est difficile de faire campagne normalement. La « période de réserve » de 6 mois impose une retenue de l’expression au maire sortant si il, ou elle, se représente : pas de valorisation de son action, pas d’utilisation du bulletin municipal pour faire campagne, etc. Pour rester mesuré dans l’expression, elle a été sans cesse à la limite du hors-jeu…
De même, obtenir une salle pour se réunir est quasi impossible. Il a fallu tenir nos réunions dans une autre ville. Nous avons quand même réussi à obtenir une salle pour une réunion publique puis une autre mais ce fut, à chaque fois très difficile et toujours assorti de conditions qui en limitait la portée. Par exemple, il fut impossible d’obtenir une salle dans la dernière semaine (après la fin des vacances scolaires) car l’unique salle prévue n’était pas disponible car il fallait y installer un bureau de vote… Une semaine pour installer un bureau de vote…
Bien sûr, nous aurions pu faire des recours et des référés. Nous avons d’ailleurs envoyé des lettres au Préfet. Mais tout cela prend du temps et de l’énergie au détriment de la campagne. C’est le but même de ces manœuvres dilatoires de marquer son territoire en dissuadant voire en menaçant. Elle est la championne des procédures judiciaires qui retardent des jugements où elle risque l’inéligibilité.
Je ne soupçonnais pas que cette forme d’hubris soit si développée et que cela impacte à ce point le fonctionnement de la campagne. Le pouvoir ou plutôt l’abus de pouvoir a été une dimension importante de cette campagne inéquitable.
Je m’attendais quand même à des caricatures et à des attaques personnelles. Mais elles ont pris un tour particulier puisqu’elles ont consisté d’une certaine manière à m’invisibiliser et à me nier toute autonomie.
Un petit détour historique s’impose pour le comprendre. La maire actuelle (classée aujourd’hui divers droite) termine son deuxième mandat. Avant elle, il y a eu un maire (PS) qui, lui, a fait quatre mandats de suite. Durant son dernier mandat, la maire actuelle faisait partie de son équipe et l’a trahi pour constituer sa propre équipe. Ce conflit vieux d’une quinzaine d’années semble encore présent dans la mémoire des vieux auversois et surtout de la maire. Il faut dire que l’ancien maire est toujours présent et très actif dans la commune. Il est d’ailleurs très actif dans le collectif que nous avons créé et présent sur notre liste en 21ème position.
Cette vieille querelle continue à traverser la ville même si la population a changé. Il faut dire que la maire actuelle a plus ou moins réussi à diaboliser l’ancien maire en faisant croire qu’il n’avait rien fait (tout en étant élu quatre fois ? Curieux…)
Quoiqu’il en soit je suis devenu dans le storytelling en œuvre, la « créature » de l’ancien maire, une sorte de pantin. Cette affirmation est assez détestable car elle nie que je puisse avoir mon autonomie et ma propre réflexion tout comme les autres membres de la liste. Je trouve cela indigne et même injurieux
Elle l’est encore plus quand cet élément de langage est repris par nos concurrents. Ceux-ci sont issus d’une scission de notre groupe. Ils en sont partis, disent-ils, car « ils ne sentaient pas assez écoutés et ne trouvaient pas leur place » même s’ils étaient prévus très haut dans la liste en constitution. Avec ce qu’on peut qualifier de « trahison », j’ai pu prendre la mesure des affaires d’egos dans le fonctionnement des groupes et dans la vie politique. J’ai pu constater aussi que des personnes qui se disaient novices en politique et se présentaient comme une forme de « jeunesse » et de renouveau, utilisent des méthodes et des ficelles rhétoriques de la vieille politique. La duplicité et les coups tordus n’ont pas d’âge.
A ce stade de la campagne, ma détermination reste intacte tout comme mes valeurs et mes convictions. Mais j’ai touché du doigt des aspects de la nature humaine que je n’ai pas apprécié : la duplicité, l’hypocrisie, le cynisme, l’orgueil et une certaine forme de violence. Je savais que tout cela existait dans la vie politique mais je ne pensais pas y être autant confronté dans notre petite ville. Un reste de naïveté ou plutôt d’idéalisme.
Mais pour ne pas finir sur une note négative, je voudrais aussi souligner que j'y ai aussi retrouvé des valeurs et des comportements que j'ai connus dans le monde associatif et qui m'ont fait y militer pendant toutes ces années : l'engagement, l'enthousiasme, la solidarité et la convivialité. Même si on ne milite pas forcément avec des "amis", on y rencontre de belles personnes.
Si j’écris ce texte aujourd’hui c’est parce que nous sommes dans une sorte d’entre-deux alors que la campagne officielle se termine à minuit. C’était l’occasion de faire un point que j’espère d’étape si les électeurs nous donnent le droit à un second tour !
Philippe Watrelot le vendredi 13 mars 2026




